1. Le 20 novembre 2025 : audition de la Ministre de l’Agriculture en commission sur les crédits prévus pour la mission « Agriculture »
Je partage votre souci de promouvoir l’acte de produire. Je viens de Bretagne, une région d’élevage. Si l’élevage ne constitue pas toute l’agriculture, il en est un bon dénominateur commun. Or, les indicateurs de production ne sont pas bons : la filière lait, en particulier, subit un recul très net de la production – et je ne sais pas si notre balance commerciale est encore excédentaire pour le lait. En Bretagne, l’agroalimentaire représente 65 000 actifs : l’agriculture et l’agroalimentaire sont à la Bretagne ce que la sidérurgie fut à la Lorraine – et si nous ne les défendons pas, nous aurons de grands soucis à nous faire.
Merci d’avoir rappelé que votre budget ne fait pas tout. Je pense à la PAC, à l’accord UE-Mercosur… L’acte de produire appelle à produire autrement. La compétitivité ne signifie pas qu’on doive faire toujours plus vite – surtout si on avance vers un mur. Je vous dis le fond de ma pensée : l’agriculture devrait être considérée comme un bien public à défendre. Dans les Côtes-d’Armor, nous avons eu la chance d’avoir été pauvres en eau avant tout le monde : nous avons dû nous adapter dès les sécheresses de 1976, nous nous sommes alors posé la question de l’eau pour tous. Et c’est pourquoi nous avons trois barrages interconnectés – un ensemble qui pourrait s’avérer insuffisant à l’échelle de la région puisqu’une étude récente indique qu’aux conditions actuelles, nous serions déficitaires de 52 millions de mètres cubes par an. Nous avons donc également besoin de réserves d’eau, ce qui ne pourra se faire que si nous partageons une ambition publique pour traiter cette question.
Plus prosaïquement, ce ne sont pas forcément les activités les plus captives qui ont besoin d’être soutenues. Je ne dis pas qu’il ne faut pas soutenir les actes de production, mais certaines choses ne se feront pas si nous n’affichons pas une véritable ambition pour qu’elles se réalisent. Je pense à la planification écologique – ce n’est pas un gros mot -, à la promotion d’une agriculture différente, aux crédits pour le bio ou encore à l’enseignement public. Nous avons besoin de cette ambition publique pour ne pas nous contenter de soutenir ce que nous savons déjà bien faire, mais pour ne pas craindre de mettre des choses nouvelles en perspective.
Enfin, s’agissant de la forêt, elle ne peut pas être seulement un sous-ensemble ou un sous-produit de la question environnementale : elle est essentielle, tout comme l’agriculture.
2. Le 5 décembre : 4 de mes amendements en matière agricole ont été adoptés : maigre contribution face à la droite sénatoriale mais contribution quand même !
☑️ Adoptée : La prolongation d’un an supplémentaire du crédit d’impôt pour soutenir les agriculteurs qui s’inscrivent dans la démarche de l’agriculture biologique (au moins 40 % de leurs recettes). Les filières biologiques demeurent en difficulté en 2025. L’État, par la révision de la PAC en juillet, a libéré 47.5 millions de crédits pour les MAEC et l’agriculture biologique. Cette dépense supplémentaire ne devrait donc pas aggraver la dépense publique❗️
☑️ Adoptée : la création d’un crédit d’impôt de 7,5 % s’appliquant aux dépenses facturées par les coopératives d’utilisation des matériels agricoles (Cuma) au titre des charges de mécanisation collective. Alors que le surendettement individuel bénéficie d’avantages fiscaux importants, la mutualisation n’est absolument pas encouragée. C’est pourquoi cette mesure sera financée par un abaissement des exonérations fiscales facilitant l’endettement individuel. Il s’agit donc seulement d’un rééquilibrage de la dépense fiscale existante en la réorientant vers des pratiques plus vertueuses de mutualisation ❗️
☑️ Adoptée : l’extension de 12 à 24 mois du délai laissé aux exploitants agricoles pour reconstituer leur cheptel, après avoir perçu l’indemnisation en cas d’abattage d’animaux pour raisons sanitaires. La durée de vêlage est généralement fixée à 2 ans minimum pour ne pas impacter la productivité de carrière des vaches laitières. Le délai d’un an s’avère de ce fait beaucoup trop court. Adaptons-le aux réalités agricoles ❗️
☑️ Adopté : le rétablissement de la revalorisation annuelle du plafond de la Taxe Additionnelle à la Taxe sur le Foncier Non-Bati et l’élévation du montant de taxe affectée aux Chambres d’agriculture pour 2026 de 1,1 %. Ces dernières années les Chambres d’agriculture se sont vues attribuer plusieurs missions en matière d’accueil des porteurs de projets en agriculture, sans que l’Etat ne participe à leur financement. Cet amendement vise donc à permettre aux Chambres d’Agriculture d’être en capacité de poursuivre ses missions. Toutefois, celui-ci ne dispense pas le Gouvernement de prendre ses responsabilités ❗️
3. Le 12 décembre : mon intervention à la tribune en séance publique sur le projet de budget du gouvernement pour notre agriculture
Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, il est difficile pour moi aussi d’aborder ce débat sans faire référence à la situation de tension qui entoure cette ferme de l’Ariège, où un nouveau cas de DNC a été découvert. Cela prouve que l’épizootie est non pas derrière nous, mais devant nous. Le traumatisme pour les éleveurs est lourd. Nous avons donc besoin de disposer d’avis scientifiques. Madame la ministre, vous fondez vos décisions sur ces derniers, et nous ne vous le reprocherons pas. Il faut en effet rappeler un certain nombre de vérités. Au demeurant, la question qui se pose aujourd’hui est celle de savoir comment dégager des moyens pour accompagner les décisions prises. Ce n’est pas aisé, mais ce serait utile !
Revenons-en au débat budgétaire. Quelqu’un a dit que la contradiction était la loi fondamentale des choses… Ce projet de budget en constitue l’illustration matérielle. Alors que vous avez fait adopter, cette année, une loi d’orientation présentant l’agriculture comme une activité d’intérêt général majeur, les crédits en autorisations d’engagement de la mission devraient baisser l’année prochaine de 12 %, pour s’établir à 4 milliards d’euros.
Or notre agriculture et notre secteur agroalimentaire ont rarement été confrontés à autant de crises qu’aujourd’hui, qui touchent plusieurs aspects d’une activité pourtant essentielle à la vie : une crise des revenus, qui concerne quasiment toutes les filières ; des crises sanitaires, de plus en plus nombreuses ; une crise écologique, qui affecte la possibilité même de produire ; une crise liée à l’insuffisant renouvellement des générations, etc. On me rétorquera sûrement que l’agriculture et l’agroalimentaire participent à l’effort de réduction de la dépense publique, au même titre que les autres budgets. Mais il ne s’agit pas d’activités économiques comme les autres. Accepterons-nous d’échanger notre souveraineté alimentaire contre la vente de voitures ou contre la vente d’armes, par exemple ? Il suffit de réfléchir un instant pour s’apercevoir que la mondialisation des prix agricoles n’a aucun sens. Au Brésil, il est ainsi possible de réaliser, chaque année, deux récoltes d’oléoprotéagineux, quand nous ne pouvons en faire qu’une seule. Il en résulte que, dans ce pays, à conditions identiques, on peut produire deux fois plus de poulets ! Considérer l’agriculture et l’alimentaire comme des exceptions n’est donc pas un combat corporatiste : c’est tout simplement tenir compte de la capacité de nos sociétés de permettre aux humains de se nourrir.
Voilà pourquoi les débats budgétaires ne peuvent pas être dissociés de ceux qui ont trait aux politiques européennes ou à la conclusion des traités de libre-échange, notamment celui qui est en discussion avec le Mercosur, à propos duquel nous examinerons une proposition de résolution européenne dans quelques jours. Le discours à ce sujet ne peut pas varier selon les circonstances. Toutes les dispositions, y compris juridiques, doivent être prises pour s’opposer à cet accord, car il convient de soutenir et d’encourager l’acte de produire, une agriculture de production, que je ne confonds pas, pour ma part, avec une agriculture productiviste. Or, en Bretagne, qui est une région d’élevage, les indicateurs de production ne sont pas bons, en particulier dans les filières du lait et de la viande. Il suffit pour s’en convaincre de constater les fluctuations des cours du porc en ce moment. Ce contexte pèse évidemment sur le renouvellement des générations.
Compte tenu de la multiplication des situations de crise auxquelles nous assistons, nous nous serions attendus à ce que ce budget comporte quelques dispositions spécifiques pour soutenir les activités en souffrance. Au lieu de cela, on nous parle de compétitivité, mais dans un sens qui, à mes yeux, consiste à dire que l’on va continuer comme avant, en allant simplement plus vite ! Cette logique produit pourtant des ravages, nous l’avons vu, et je ne développerai pas davantage. Ce budget finance des urgences, mais au détriment des politiques de long et de moyen termes. Le volet consacré à la transition agro-écologique est celui qui paie le plus lourd tribut à l’austérité budgétaire, au moment même où nous commençons à découvrir les coûts d’une telle politique, qu’il s’agisse de la perte de biodiversité ou des maladies professionnelles, par exemple. En conclusion, ce projet de budget est davantage guidé par des impératifs de maîtrise de la dépense publique que par une véritable stratégie agricole.