Site officiel de Gérard Lahellec

Dans le cadre des initiatives culturelles aux Champs Libres ...autour du train

Monsieur le Président de l'UIC (union internationale des chemins de fer)

Monsieur le Directeur,

Mesdames et Messieurs les représentants des diverses institutions

qui avez bien voulu répondre à notre invitation

Mesdames et Messieurs

Chers Amis .

 

Bienvenue au conseil régional de Bretagne.

Bienvenue dans cette région que nous aimons tant et qui présente la particularité d'être une presqu'île abritant elle même d'autres Îles. Nous sommes un petit territoire et nous sommes loin de tout. Nous sommes encore plus loin et plus isolés si nous résidons sur une de nos 10 Îles.

Cela veut dire que plus nous sommes loin de tout et plus nous voulons nous rapprocher des autres  et pour cela nous avons besoin d'aller vite. Par contre,  et plus nous sommes proches les uns des autres et plus nous voulons  gérer notre temps pour cultiver nos rapports à autrui.

Mais nous avons tous la même aspiration. Quand on est loin, on aimerait aussi prendre son temps. Ce besoin là est moins fort quand on est moins loin. Donc, pour nous, le besoin d'aller vite c'est avant tout le besoin de se rapprocher des autres et de nous rapprocher, entre nous, les humains que nous sommes.

 

Entourée par la mer et l'océan, et issue du plissement hercynien qui a configuré ses vieilles montagnes,  la Bretagne abrite depuis toujours une population très attachée à son territoire. C'est parce que le Breton est viscéralement attaché à sa terre et aux lieux qui ont fécondé sa culture et son identité, que le cœur du Breton se déchire à chaque fois qu'il doit quitter sa région.

La Bretonne et le Breton, obligés de sortir de leur presqu'île, surtout pour trouver du travail, mais aussi pour s'ouvrir aux autres, acceptent d'autant plus facilement d'aller à la conquête du monde et de s'ouvrir aux autres  qu'ils ont l'assurance  de pouvoir revenir vite et facilement au pays.

 

Il n'est pas si loin le temps de mon enfance où, à la fin des vacances d'été, en disant au revoir à mes cousins et cousines, nous nous faisions la promesse de nous revoir au plus vite mais nous savions tous que ce ne serait qu'au mois d’août de l'année suivante. Il n'est pas si loin non plus le temps où, accompagnant ma grand-mère à la gare de Plouaret  celle-ci me fit l'éloge du train en me disant que, finalement en 6 heures de trajet, elle allait enfin pouvoir découvrir le lieu où habitaient ses enfants. Oui, à près de 80 ans, l'occasion ne lui avait jamais été donnée de rendre visite à 4 de ses 5 enfants qui avaient dû s’exiler en région parisienne pour trouver du travail.

 

 

Elle m' avait confié le même jour  que c'était pour elle le souhait le plus cher qu'elle voulait voir se réaliser avant de mourir. Ces paroles, si simples, si banales, si ordinaires, ponctuées comme il se doit ici, d'une référence à la mort, étaient en réalité une ode à la vie. Ces paroles voulaient dire simplement que le progrès, la vitesse, qui ne semblaient pas faits pour elle, allaient lui apporter quelque chose qui, jusque là lui paraissait, si ce n'est interdit, en tout cas improbable.

Elle n'imaginait pas que c'était fait pour elle et qu'elle pourrait y avoir recours un jour...Ce fut pour moi une grande leçon de chose parce que cette anecdote m'a fait comprendre tout simplement que l'ambition publique est de mettre la modernité au service de toutes et de tous.

 

Oui, nous avons ici aussi, des racines et des rêves! Des utopies concrètes! Bretagne à Grande Vitesse relève de cette utopie.  Nous sommes au fond ici à la confluence du «sensé» et du « sensible » ; le sensé étant tour ce qui relève de la rationalité nécessaire pour porter un tel projet  et le sensible étant l'envie de l'avoir pour que la vie demain soit plus belle, la mobilité plus facile et plus confortable.

On le voit bien donc : le projet de Bretagne à Grande Vitesse n'est pas en soi un projet technique.

C'est un projet guidé par une ambition d'humanité.

Sa genèse pour aller jusque sa réalisation en inventant la vie qui va avec, relève beaucoup plus d'une approche culturelle et je remercie infiniment Jean Michel le Boulanger et les services culturels de la région de s'impliquer ainsi qu'ils le font aujourd'hui dans la démarche,  non moins culturelle, portée par l'U I C et l'espace des sciences de Rennes.

Car, en effet, la science est culture et nous avons besoin de la science pour conduire de tels projets.

La science au sens large, explore, étudie, définit des règles, des lois, physiques et mathématiques  et nous en avons un grand besoin. S'il est vrai, comme le disait Rabelais que « science sans conscience n'est que ruine de l'âme»  il n'est pas moins vrai au cas particulier qui nous intéresse aujourd'hui que « science sans connaissance »  n'est que ruine des projets.

Mais attention cependant, il n'y a pas de modèle unique, indépassable, régi par une seule et unique équation économique, technique ou physique et je pense que la science gagnerait aussi à s'enrichir des autres connaissances et accepter de voir que ce qui est unique est aussi habité de son contraire.

 

Cela veut dire aussi que la science devrait être là pour mieux comprendre ce que nous voulons faire et nous aider à le réaliser, plutôt que pour nous expliquer tout ce que nous ne pourrons pas faire.

Il faut donc que la science se considère comme une composante entière de la culture, que cette composante peut dire beaucoup mais que cette composante ne dit pas tout.

En retour, il faut aussi que les élu-e-s et autres décideurs s'approprient cette culture et c'est souvent de cette confrontation que jaillissent les champs du possible !

Je n'ai pas compté le nombre de fois où je me suis entendu dire que notre projet ne se réaliserait pas. Tantôt il était trop coûteux, tantôt il n'était pas assez pertinent au regard de certains critères du marché….C'est la preuve aussi,  s'il en était besoin que nous éprouvons toujours quelques difficultés à voir les choses dans leur mouvement et dans leurs contradictions.  

La science nous montre donc aussi, à sa manière, que c'est dans cette unicité des contraires, dans ce rapport dialectique entre les choses qui parfois nous échappent,  que se niche la vérité. Cette vérité, qui n'est pas intangible doit, en tout cas,  nous inciter à beaucoup de modestie.

 

Par opposition à la philosophie, la science ne s’occupe pas de l’être ou de la réalité en elle-même. C'est pourquoi, à la faveur de ce projet fait par les humains au service des humains, nous voulions aussi montrer que la science, parce qu'elle nous a permis de mener à bien ce projet de « Bretagne à Grande Vitesse », a le droit de se montrer un peu moins modeste parce qu'elle s'illustre ici comme une faiseuse d'humanité. En effet, c'est aussi à partir d'elle et en y ajoutant un peu de philosophie, un peu d'histoire et un peu d'identité que le projet a fait sens au service du bien pour toutes les populations appelées à se déplacer en Bretagne.

 

Monsieur Leboeuf, avec qui j'ai toujours eu un immense plaisir à confronter nos visions saurait mieux que moi vous dire que les études, menées avec discipline et méthode peuvent rendre l'aventure passionnante. Il n'y a de ce point de vue rien de plus passionnant que les transports. Lorsque votre serviteur en pleine session du conseil régional de Bretagne se plaît à présenter les équilibres économiques du projet ou encore à exposer les limites du pendulaire (de la pendularisation des rames) il s'oblige aussi, quelque part,  à réaliser l’habitus de la science. L’enrichissement de l’intelligence humaine par cet état d'esprit, voilà qui constitue sa culture. Bien entendu, il s’agit ici d’un enrichissement opéré dans un domaine restreint, partiel, à un degré déterminé mais nous le faisons à l’intérieur d’un ensemble beaucoup plus large et c'est cet ensemble plus large qui constitue à mes yeux la culture.

 

 

 

Ainsi, la politique, c'est à dire la conduite de l'action publique, suppose aussi en premier lieu,une appropriation de la science et de la philosophie dans l’intelligence générale.

C’est cette dimension première de la culture qui nous a permis, en 25 ans, de mener à bien ce projet, dans un contexte politique pourtant globalement compliqué.

C'est à ce prix là, avec 1 Milliard d'euros en plus, que les collectivités de Bretagne ont porté un projet que quelques savants avaient pourtant condamné par avance.

A partir du mois de juillet, la grande vitesse va être mise au service de tous les territoires de Bretagne et les plus grands bénéficiaires seront les territoires les plus éloignés.

 

Il faut maintenant que toute la population et tous les territoires s'approprient ce gigantesque projet dont le concept est totalement inédit.

Merci de votre présence et de nous aider maintenant à faire partager toute la portée de cette œuvre d'humanité.

 

Gérard Lahellec

 

Gwellaat buhez an dud / Améliorer la vie des Gens - Gérard Lahellec

Plus on est enraciné, plus on est universel - Eugène Guillevic