l'Amérique et nous

l'Amérique et nous

14 avr. 2017

De l'élection américaine à ce qui se passe en France et en Europe, il n'y a qu'un pas...

l'Amérique et nous

L'Amérique et nous.

Chaque jour l'actualité nationale, européenne et mondiale, nous en apporte l'illustration : Le système capitaliste, pour se perpétuer, ne donne comme possibilité pour ceux qui le dirigent que de durcir toujours plus les politiques d’austérité et donc d’aggraver les inégalités sociales par une pression exacerbée exercée sur tous les peuples du monde. Il en est ainsi tout simplement parce que les lois sur lesquelles se fonde le système ne permettent pas autre chose. Comme dans les années qui suivirent la crise de 1929 aux États Unis, les peuples ne voient alors que deux issues possibles : la gauche radicale porteuse de ruptures ou le processus de droitisation vers l’extrême droite. Dans la période qui a préparé l'élection présidentielle aux Etats Unis, ces deux tendances ont été illustrées, d'une part par la candidature de Bernie Sanders et d'autre part, par la candidature de Trump. Ces deux « tendances », bien que diamétralement opposées, ont pourtant pour origine la même source.Ainsi, s'agissant du vote Sanders, s'il exprime vraisemblablement des attentes progressistes et le rejet d'un système, il fut aussi un vote contre Hillary Clinton lors des primaires. Aux USA comme ailleurs, donc, on vote de moins en moins "pour" une orientation politique, mais de plus en plus "contre" un système dont on ne veut plus. C'est pourquoi, si une partie importante des électrices et des électeurs de Sanders, notamment les jeunes, s'est abstenue pour ne pas voter Clinton, une autre partie a voté Trump pour confirmer ainsi le vote anti-Clinton et anti-système des primaires. Cette « cohérence » dans le comportement électoral a certes de quoi inquiéter et la transposition de cette réalité dans d'autres scénarios électoraux en France et ailleurs ne relève plus du fantasme mais d'une hypothèse crédible. C'est cette tendance d'aujourd'hui à refuser de voir ce qui est, pour préférer ne voir que ce que l'on croit qui explique pour une large part le fait que personne ou presque n'avait prévu la victoire de Trump. Ils n'ont pas voulu la prévoir parce qu 'ils n'en voulaient pas. Cet enseignement mérite d'autant plus d'être médité que cette tendance lourde tend aussi à banaliser tous les populismes, au point de voir le débat présidentiel en France se limite à s'interroger sur le nom de la personnalité affrontera la candidature dite « anti-système » assurée d'ores et déjà d'être présente au second tour ! Malheureusement, c'est parce que « l'anti-système » n'a pas de traduction dans un projet politique de gauche que le « ventre d'où a surgi la bête immonde est encore fécond ». En effet, Trump, le multimilliardaire, est la représentation la plus grotesque et la plus insolente de ce que produit le système issu de tous les présidents qui l’ont précédé, c'est à dire de tous les gouvernements qui ont délaissé et méprisé les classes populaires et le monde du travail. Simplement, le guerrier multimilliardaire a su profiter du moment.

Le problème pour les progressistes aujourd'hui est qu'il n'existe rien à gauche, porteur de perspective, d'espoir, de rêves et d'utopies et que nous n'avons plus qu’une gauche en décomposition de quelque côté que l'on se tourne. La gauche « classique », sociale démocrate, s'est définitivement convertie au libéralisme en s'accommodant des travers les plus terribles de ce capitalisme mondial qui écrase les peuples, fait les guerres et détruit notre planète. Cette gauche là, non seulement est dans le système, mais elle est le système ! Les gauches dites «de gauche» sont aussi «infectées» par des discours d'un autre temps, définitivement perdants parce qu'ils n’intéressent plus les citoyens. Ainsi, par exemple, l'ambition publique et le concept de propriété qu'il conviendrait de définir pour ce 21ème siècle continuent à être abordés selon des critères qui appartiennent à un autre temps que celui dans lequel nous sommes. Cette incapacité à avoir une pensée théorisée du monde tel qu'il est devenu, ce refus de penser le modèle politique et cette incapacité à engager une approche critique de la construction européenne empêchent toute émergence d'une politique progressiste, tant dans les contenus qu'il faudrait définir que pour déjouer les pièges sans cesse plus redoutables dressés par les institutions. Il en va ainsi des positionnements hésitants autour du système des primaires, inventé précisément pour faire en sorte que rien ne change.

 

Il en va aussi de cette hésitation à aborder un certain rejet de la laïcité en ce que ce concept constitue la meilleure manière d'assurer le haut niveau de liberté pour tous; il en va aussi du dédain et du mépris du peuple condamné à subir sans autre avis des réformes institutionnelles compliquées et cette suffisance parachève l'oeuvre consistant à se couper définitivement des classes sociales populaires, ouvrières et employées; il en va de ces « clercs quinteux », donneurs de leçons à la terre entière et dont les plus grands adeptes se vautrent durablement dans l'ambiance feutrée des cabinets ministériels ou dans d'autres instances, inventées, précisément pour pérenniser le système.

L’élection présidentielle française de 2017 se profile malheureusement dans la lignée du Brexit de droite en Grande-Bretagne et de l’élection de Trump aux Etats-Unis. Plutôt que de nourrir l'illusion qu'en diabolisant Trump et ses représentations on empêchera le scénario du pire, il vaudrait mieux être attentif à ce qui peut rassembler le peuple dans une voie progressiste.

Pour cela il est urgent d'abandonner au plus vite les débats groupusculaires fussent ils d'appareils et de chapelles, pour y substituer sans attendre des débats populaires. Pour cela, il est urgent d'abandonner les vieux discours et les vieilles tactiques qui leur sont liés. Une telle démarche n'interdit pas, bien au contraire, la référence à quelques fondamentaux à condition de les adapter à la réalité de notre temps. Les pensées de Condorcet, Marx, Jaurès et Gramsci, l’esprit de la Résistance et du peuple mobilisé, le principe rassembleur de la laïcité, le modèle politique évolutif de la République sociale, sont autant de références à partir desquelles le peuple peut construire une perspective nouvelle.

Gérard Lahellec

Le 11 novembre 2016

Gwellaat buhez an dud / Améliorer la vie des Gens - Gérard Lahellec

Plus on est enraciné, plus on est universel - Eugène Guillevic