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PCF : il n'y aura pas de miracle !

Une approche confuse ?

Pour la première fois, les cadres du Parti communiste ont choisi le 5 novembre 2016 de ne pas suivre la proposition de leur secrétaire national de soutenir d'emblée la candidature de Mélenchon à l'élection présidentielle. Ils ont préféré retenir un scénario privilégiant l'éventualité de la désignation d'un candidat communiste. Il est vrai que la direction communiste a longtemps tergiversé, laissant entendre d’abord qu’elle acceptait l’idée d’une primaire de toute la gauche, pour affirmer ensuite que ce serait à condition que François Hollande n’en soit pas. Quand des noms se sont mis à circuler, en dehors de l’option Mélenchon, on a laissé entendre que l’on était intéressé par les candidatures de Taubira, Hulot et Montebourg… Mais avec l'option retenue de la possible désignation d'un candidat communiste, il est précisé que ce candidat pourrait se retirer à la fin du mois de janvier 2017 dans l'hypothèse où un frondeur sortirait vainqueur de la primaire socialiste ? Cette stratégie alambiquée du PCF, qui doit encore être soumise au vote des adhérent-e-s, est le fruit d’un cheminement tortueux auquel, il faut bien le dire, il devient difficile de comprendre quelque chose. Après avoir envisagé, dans un premier temps, de participer à la primaire de gauche organisée par le Parti Socialiste, le PCF, qui dit privilégier une démarche d'union et de rassemblement contre la droite et l'extrême droite, envisagerait donc d'ajouter une candidature supplémentaire aux multiples candidatures existantes. En outre, dans le cadre des primaires du PS, il s'en remettrait au vote des socialistes à condition que le résultat de ce vote leur convienne ! Si ce vote ne leur convenait pas, il faudrait alors, soit de confirmer une candidature communiste, soit de revenir à une hypothèse Mélenchon qui aura sûrement ménagé, entre temps, quelques adaptations de circonstance afin de permettre au PCF, finalement, de le soutenir.

Un affrontement interne ?

Au dernier Congrès de juin 2016, déjà les divisions s’étaient exprimées. Un quart des militants avaient affirmé une option "identitaire", un autre quart avaient soutenu une option favorable à un rassemblement de type Front de gauche. Mais l'option retenue (55% des votes exprimés à la conférence nationale) n’est ni homogène, ni même stable car les motivations d'un soutien à une candidature estampillée « communiste »ne relève pas de la même logique ni de la même motivation pour les uns et pour les autres. Pour un premier groupe, elle est le prolongement électoral d’une conviction identitaire : le PCF ne peut exister sans être présent en tant que tel à toutes les élections. Pour d'autres, la démarche est plus complexe et consiste à considérer que même avec un score affaibli, le fait de disposer de ce score, d'en être le dépositaire exclusif, serait la meilleures manière de continuer à avoir une raison d'être et donc d'exister ! Ces derniers, pointant parfois le risque de voir Mélenchon parachever l’œuvre de François Mitterrand d'anéantissement du parti communiste. Mais il faut alors qu'ils se souviennent aussi qu'en choisissant le le bras de fer avec lui ils n’ont fait qu’accélérer leur déclin. Comme le dit un dicton populaire : « on ne fait pas pousser l'herbe en tirant dessus ». Il découle de cette tactique une confusion sans précédent entre les différents « courants » du PCF. C'est la preuve, s'il en était besoin, que les savants dosages d'appareil, opérés à l'occasion des derniers congrès, n'auront rien changé à l'affaire ni à la manière de faire ! En tout cas, quel que soit le résultat final, ce nouvel épisode laissera un parti divisé.

Un débat interne alors qu'il concerne tout le monde ?

Pourtant, dans cet imbroglio incompréhensible, où semblent s'opposer les partisans d'un soutien à la candidature Mélenchon et ceux dont la préférence irait à une candidature issue du PCF, nous sommes, en réalité, en présence d'un débat interne où les deux courants considèrent que la transformation sociale et politique se réaliserait autour du PCF et par alignement derrière la meilleure décision que prendra finalement le parti...Parti qui prend ou doit prendre, toujours, les meilleures décisions ! Encore une fois, il faut bien constater que dans une situation confuse, la logique de l’identité continue à primer sur celle de l’ouverture. Tout se passe comme si l'ouverture n’est jugée que par ses bénéfices immédiats pour le parti lui même ou sa représentation. Déjà en 2012, l'élection Présidentielle passée, il fallait que pour toutes les autres élections qui suivirent assurer une représentation communiste quasi exclusive. Cette méthode consistant à sauver la dominante communiste n'a pas empêché l’érosion communiste, y compris dans ses zones de forte influence.

Un débat identitaire ?

Ce type d'orientation d'appareil confirme une certaine dérive dans l'appréciation de l'identité du communisme Français. Au moment où l'actualité aux USA nous rappelle à la crise de 1929 et à ses conséquences en France, il est bon de se rappeler aussi que la force du communisme en France ne relève pas seulement de la seule existence d’un Parti communiste, mais à son enracinement dans une histoire où son immersion dans la société débordait largement les limites de l'appareil en tant que tel. Cette immersion parmi les autres dans la société est consubstantielle de l'identité du communisme Français. Or, les querelles en cours le positionnent totalement en dehors du monde réel. Dans un contexte où s'annonce un duel probable entre la droite et l'extrême droite au deuxième tour de la Présidentielle, avec ses risques considérables pour notre démocratie et de nouveaux reculs sociaux annoncés dans tous les cas de figure, le PCF s'occupe de ses affaires internes en se divisant entre partisans du soutien à Mélenchon et partisans se réclamant à peu près de la même chose, mais sans Mélenchon ! Ce débat là est totalement étranger à la vraie vie et au monde tel qu'il est. C'est parce que le monde susceptible de s'intéresser à ce type de débat n'existe pas que personne ne regarde de ce côté là !

Un débat politicien ?

Au fond, ces démarches là, avant tout très politiciennes, consistent à considérer qu'il suffirait de quelques pirouettes de circonstance pour résoudre l'immensité du problème politique auquel le PCF et l'ensemble des forces de gauche sont confrontés. Ce fut déjà le cas en 2012 où, dans l'empressement à vouloir gommer le résultat de l'élection de 2007, Mélenchon fut désigné comme candidat à la présidentielle en espérant que ce stratagème permettrait au PCF de sauver la totalité de ses sièges aux élections législatives qui allaient suivre ! C'était perdre de vue un peu vite la stratégie qui sous tend le quinquennat et qui veut qu'après l'élection du nouveau président de la République le peuple donne au Président nouvellement élu la majorité qu'il réclame pour pouvoir gouverner. c'est aussi la preuve, s'il en était besoin, qu'il y a bien une vérité en dehors et au delà des appareils politiques. C'est parce qu 'il a compris très tôt qu'une procédure de désignation d'un candidat commun du front de gauche risquait de ne pas le désigner comme candidat commun que Mélenchon, fort de ses 4,5 Millions de voix de 2012, a décidé de rendre publique sa candidature prenant ainsi le PCF de vitesse ! Tout cela, il faut bien le reconnaître, est très éloigné des attentes populaires.

Un débat dans lequel on ne voit que ce que l'on croit ?

Mais aujourd'hui, et désormais depuis plusieurs années, la difficulté principale de toute la gauche réside dans son incapacité à avoir une pensée théorisée du monde et donc de sa transformation. A cette difficulté, commune à toute la gauche, s'ajoute la difficulté propre au communisme, lourdement à la peine pour qualifier son projet pour les peuples…aussi, aujourd'hui, si le PCF était conduit à aller au bout de sa démarche comme il avait été amené à la faire au moment des collectifs anti libéraux, il se préparerait à une très lourde déconvenue électorale, consacrant quasiment sa disparition de la scène nationale. En effet, il est temps aussi de cesser d'enjoliver les réalités électorales dans le seul but de conforter une orientation politique. On peut considérer que, en une décennie, le PCF a perdu entre un quart et un tiers de ses forces militantes et de ses élus. Or cette érosion le fragilise d’abord dans ses zones d’implantation les plus denses. Le Front de gauche n'a donc pas arrêté l’effritement de ce qui fut longtemps la "France communiste". En deux mandatures, le PCF a perdu plus de la moitié de ses députés et 75 % de ses conseillers régionaux. Aux dernières élections municipales, il a perdu 30 % du nombre de ses élu-e-s et pourtant, si on mettait bout à bout les communiqués post-électoraux de sa direction depuis les quinze dernières années, l'addition des bons résultats annoncés rapprocherait le PCF de la majorité absolue ! Et puis, la situation de confusion à laquelle nous sommes confrontés vient exacerber un peu plus cette mise à l'index des élu-e-s qui sont pourtant peut être la dernière survivance du rapport du politique au monde réel et donc de ce qui reste de l'enracinement du PCF dans le « terreau national ».

Risquer de nouvelles divisions ?

Il faut donc, une fois pour toutes, considérer que le PCF ne décidera pas de tout, ni des candidatures en présence ni le résultat électoral. Ainsi, dans un contexte exacerbé avec le risque vraisemblable d'un duel entre la droite et l'extrême droite au second tour de la Présidentielle, le débat de 2002 consistant à donner les meilleures chances à la gauche d'être présente au second tour va refaire surface. Certes, n’est pas l’éparpillement des voix à gauche qui provoque ce cataclysme, mais les politiques suivies par les gouvernements qui se sont succédé. Toutefois, cet élément sera présent dans le débat et dans l'hypothèse où la candidature "naturelle" de Hollande ou de Valls ne serait pas au rendez vous, celle d’Emmanuel Macron deviendrait alors la plus "réaliste"… hypothèse non envisagée pour l'instant !

C'est en tenant compte de tous ces éléments d'une réalité complexe qu'il convient de fixer un cap, une orientation. Cette orientation ne doit rien cacher de la dangerosité de la situation ni de sa complexité. Mais dans tous les cas, celle-ci devrait consister d'abord à tout faire pour éviter d'ajouter de nouvelles divisions aux morcellements actuels. Au contraire, il conviendrait de tout faire pour répondre aux désirs de reconstruction de la gauche dont la principale difficulté aujourd'hui réside dans son incapacité à envisager une société meilleure que celle dans laquelle nous vivons. Ainsi, si l’on peut comprendre la volonté de ne rien gâcher à court terme il faut, dans le même temps, mettre en perspective la reconstruction de la gauche sur le plus long terme. Cette perspective ne peut avoir pour ferment que la dynamique populaire qui aura besoin de surmonter les divisions les plus récentes et les désaccords sur un certain nombre de points. Mais une nouvelle désunion officialisée dont les communistes seraient tenus pour responsables éloignerait encore toute perspective de reconstruction. Il ne sert à rien d'attendre un miracle pour sauver la situation : il n'y aura pas de miracle !

Gérard Lahellec

Le 12 novembre 2016

Gwellaat buhez an dud / Améliorer la vie des Gens - Gérard Lahellec

Plus on est enraciné, plus on est universel - Eugène Guillevic