Une ambition pour le territoire

Une ambition pour le territoire

27 mars 2012

Pour le développement d'une économie de production en Centre Bretagne

Redécouvrir le territoire du Centre- Bretagne et le mouvement de décentralisation peut paraître paradoxal à une époque où l’on ne parle que de mondialisation, de politique européenne, d’interdépendance planétaire et de globalisation économique.

Certes, le mouvement de décentralisation politique, qui tend parfois à se construire par abandon des concepts ayant prévalu à la construction de la République et de la Nation, ne manque pas d’ambiguïté. C'est la raison pour laquelle il faut commencer par lever tout malentendu en s'interdisant toute conception atrophiée du local, présentant le risque, d'une part, de conduire au repli et, d'autre part, de se soumettre aux règles indépassables fixées par la compétition mondiale.

Bref, le local, le centre Bretagne, n'est pas, ne doit pas être, une sorte d’annexe secondaire, un accessoire, du grand mouvement de globalisation économique. Le territoire du Centre Bretagne, subit douloureusement les conséquences d'une certaine globalisation économique à laquelle il cherche à résister; dans le même temps, il n'entend pas attendre que tous le problèmes soient résolus ailleurs pour s'engager dans une construction ambitieuse, porteuse de croissance et de développement d'une économie de production.

Le risque de marginalisation du territoire du Centre Bretagne, de l'Argoat, tout comme la marginalisation qui a déjà frappé certains autres territoires, réside aussi dans l’ambiguïté que comporte la formule : « penser globalement et agir localement ». Cette formule, aux apparentes connotations universelles, séduisante à première vue peut, en réalité, s'avérer profondément perverse.

Elle laisse à penser que c’est seulement à partir de données globales que l’on peut penser et, d’une certaine manière, elle invalide d’avance une pensée qui naîtrait du local et ne serait pas rattachée à des organisations internationales.

Mais plus grave encore, elle renvoie l’action citoyenne au niveau de l’action locale, cest à dire à penser «en bas les questions d'en bas» et à laisser à d'autres les questions «d'en haut» alors que l'enjeu est précisément de traiter «en bas» les questions «d'en bas et d'en haut» .

Il convient donc de s'engager dans ce mouvement divers et pluriel de contestation et de refus de la fatalité consistant à considérer que les grandes tendances seraient portées seulement par des dynamiques globales et internationales, face auxquelles nous serions impuissant-e-s, tandis que l'évolution des connaissances, des sciences et des techniques ne seraient guidées que par le dogme consistant à considérer «qu'il pleut toujours où c'est mouillé»!

Même si la guerre économique et l'exacerbation de la concurrence on fait beaucoup de victimes, nous ne pouvons pas nous résoudre à ne pas avoir prise sur la réalité pour la transformer, en prenant en charge ce que l'économie fait très mal et en surmontant les défis les plus flagrants auxquels nous sommes confrontés.

La Bretagne et le Centre Bretagne ont sû relever le défi du développement agricole et s'il est vrai que le rythme imposé par des paramètres exogènes a été générateur de déséquilibres de toutes natures, nul ne peut dire aujourd'hui où nous en serions si ces défis n'avaient pas été relevés.

Nous avons donc prouvé au cours de notre histoire, notre capacité à relever un grand nombre de défis et nous avons ainsi apporté la preuve d'une capacité créative, adossée à une économie de production, et dans le contexte que nous vivons, l'heure est à réapprendre à relever les défis : Il en est encore temps !

Un des enseignements plus récents que nous pouvons tirer des plus récentes décentralisations réside dans le fait que le fonctionnement économique lui-même, notamment pour la mise en place de partenariat entre acteurs, parviennent à produire des résultats plutôt positifs. Ainsi, pour s'en tenir au seul exemple de la décentralisation portuaire, réalisée dans des conditions défavorables pour la collectivité qui en est devenue dépositaire au mois de janvier 2007, sept fois plus d'investisssement ont été réalisés au cours des cinq dernières années écoulées qu'au cours des 10 années ayant précédé le transfert! Ces engagements nouveaux ne constituent au fond qu'une résultante des partenariats entre acteurs territoriaux, dans un contexte où, de surcroît, aucun avenir n'était promis à ces infrastructures, certes de taille modeste, mais déterminantes pour la vie du territoire Régional.

Au plan politique, cette redécouverte s’est opérée grace aux mouvements de décentralisation; même si certains de ces actes dits de décentralisation, consistant à transférer certaines compétences aux territoires ont parfois été accompagnés d'une re-centralisation des gouvernances et de la conduite des projets stratégiques et surtout d'un déficit de moyens pour les collectivités devenues dépositaires de nouvelles compétences. Cette persistance des effets pervers de la centralisation pèse d'autant plus sur l'issue à un certain nombre d'enjeux économiques qu'il s'agit en réalité de gérer un monde de plus en plus complexe.

Bref, la place de la gestion territoriale devient un échelon nouveau de pertinence, une brique de base, une fondation à partir de laquelle peut s'engager la construction nouvelle de l'édifice allant du local au mondial, un peu comme nous le faisons pour construire une ambition ferroviaire Bretonne pour et par les territoires, et non par déclinaison ou par adaptation aux effets attendus par la liaison à Grande Vitesse. La question est en effet moins de savoir ce que sera la liaison TGV Le Mans-Rennes que de nous mettre en situation, dans chaque territoire, de nous approprier les effets attendus pour chacun de ceux-ci pour nous tourner vers l'Europe et le Monde!

Le local, le territoire, n'est donc pas le lieu où «les petits s'amusent pendant que les grands travaillent»! Le territoire du Centre Bretagne, est le lieu où se préparent les grandes politiques de demain en matière de politiques alimentaires, de qualité des productions, de positionnement sur les enjeux énergétiques (en liaison avec nos ports et singulièrement celui de Brest). Mais le Centre Bretagne est aussi le lieu où peut se construire, de manière fédérée, un vaste mouvement de «contestation» contre le modèle unique de globalisation économique construit de toute pièce par les puissants.

Le Centre Bretagne peut et doit devenir le lieu de l'action concrète, le lieu de la mise en cohérence des discours et des actes en mobilisant toutes les forces de la création, de l'excellence, de la connaissance, prètes à s'engager dans cette grande ambition pour le territoire, du local au mondial.

En outre, le Centre Bretagne, espace de modestie, est avant tout un espace de mobilisation ; à l'avant garde du front des combats, dimension culturelle consubstancielle de son identité, il est certes confronté à des réalités sociales caractérisées par des fragilités mais aussi par une multitude de personnes diplomées, disponibles pour oeuvrer dans le sens du développement d'une économie capable de s'organiser au niveau local, de susciter des systèmes de gestion de nos atouts culturels, patrimoniaux, artistiques et touristiques!

Enfin, le Centre Bretagne, n'est pas ce que l'on associe trop souvent à «l'a,ncien», au traditionnel ou au passé! Non, le Centre Bretagne, n'est pas «le passé d'une illusion»; il est un territoire à forte identité, dont la caractéristique est tout le contraire du repli sur soi pour travailler toujours plus son ouverture sur le monde.

«Plus on est enraciné, plus on est universel» disait le grand poête Eugène Guillevic. Ceci me semble également vrai au plan du développement économique. Notre territoire, qui est prèt à se mobiliser et à s'engager, peut se transformer progressivement espace porteur d'une dynamique de développement d'activités productives. C'est ce défi là qu'il faut relever ensemble.

Gwellaat buhez an dud / Améliorer la vie des Gens - Gérard Lahellec

Plus on est enraciné, plus on est universel - Eugène Guillevic