Filière porcine

Filière porcine

23 juin 2013

Il faut remettre en selle notre agriculture !

La crise qui secoue la filière porcine en Bretagne, rappelle le séisme qui a secoué la filière avicole dont la région ne parvient pas à se relever.

Aujourd'hui, c'est de l'avenir du groupe Gad SAS dont il est question. La rumeur sur la fermeture d'un des abattoirs de Lampaul-Guimiliau ou de Josselin est d'autant plus inquiétante qu'aucune offre de reprise n'a été faite pour GAD. Cette absence de repreneur traduit, une fois de plus, que la filière, qui ne parvient pas à se rassembler, à se fédérer et à s'unir, reste prisonnière du «chacun pour soi» et d'une stratégie du coup par coup où chacun, dans la tourmente, attend le naufrage du voisin en espérant sauver sa peau.

Face à l'absence de repreneur, la CECAB livre peu de détails sur ses intentions et travaille avec la management de GAD SAS, les administrateurs judiciaires et la coopérative Prestor au financement d'un plan de continuation. Ce plan nécessite un maintien de l'engagement de l'actionnaire fournisseur Prestor pour l'approvisionnement en porcs, un peu à la manière dont le groupe Doux avait structuré une démarche de tension extrême sur les éleveurs pour préserver son potentiel de production...cette tension s'était encore aggravée avec la décision unilatérale de l'Europe de diminuer de moitié les restitutions.

Dans ce contexte, la CECAB, à son tour, demande à ses producteurs de ne pas la lâcher car si ces fournisseurs se tournaient vers d'autres abattoirs, ceci ne ferait que creuser la surcapacité industrielle de GAD SAS.

Bref, ce qui arrive à GAD illustre le déclin de la filière. Ce dont la filière a besoin, c'est d'une stratégie de long terme avec des prix rémunérateurs pour les producteurs. Certes, depuis 2004 les groupements de producteurs ont opéré des rapprochements mais, du côté de l'abattage-découpe, la surcapacité industrielle s'est accrue et désormais le dumping social orchestré par l'Allemagne attire les industriels de l'agroalimentaire français et met en péril la filière porcine française dans son ensemble.

Après le «mythe du plombier polonais», c'est le «spectre de l'ouvrier agricole roumain» qui plane!

Après certains pays du nord de l'Europe qui ont fait le choix de concentrer leur activité industrielle par l'acquisition d'abattoirs allemands, ce sont désormais plusieurs centaines de camions qui quittent chaque jour notre pays pour emmener les porcs se faire découper outre-Rhin.

A cette situation s'ajoute le fait qu'en France, les législations (notamment la LME), ont renforcé les pouvoirs de la grande distribution qui, en développant la compétitivité de ses propres abattoirs, met aussi la pression sur les prix des produits qu'elle achète.

Dans cet emballement de la concurrence mondialisée, on s'achemine vers une concentration inédite des unités de production agroalimentaires. Sur les 180 abattoirs environ que compte la France, seulement 10 d'entre eux produisent plus d'un million de tonnes par an. L'Allemagne, le Danemark et l'Espagne qui sont les plus grands producteurs d'Europe ont déjà affaibli toute la filière Française en raison de leurs abattoirs géants. Il est donc clair que dans un marché de plus en plus ultralibéralisé, symbole d'une mondialisation où la concurrence est terrible, le modèle productif Breton paraît bien petit tandis que dans les zones de France, plus montagneuses et à plus faible densité, tel que le Massif Central par exemple, la production a aussi chuté d'un quart en dix ans.

D'aucuns ne manqueront pas de se saisir de cette situation de crise pour affirmer que la France, Bretagne en tête, connaissent cette situation pour avoir tardé à faire muter un «modèle productiviste». Certes, il convient de remettre en cause les fondements mêmes sur lesquels se construisent les stratégies qui conduisent à la crise que nous connaissons. Mais il convient d'être extrêmement vigilants car il ne faudrait pas que la mise en accusation de notre manière de produire, taxée de productiviste, devienne un argument de plus pour accélérer encore le processus démentiel de mise à mal de la filière. Le porc bio ou label rouge ne représente à ce jour que 0,5% du marché. Les zones d'élevage extensif subissent la même crise que celle qui touche aujourd'hui la Bretagne et la survie des productions agricoles de montagne n'est pas non plus assurée.

Ce dont nous avons besoin, c'est d'un nouveau modèle socio-économique pour développer une économie de production, rémunératrice du travail, créatrice d'emplois et aménageuse des territoires.

Cela passe par une ambition publique nouvelle pour favoriser une nouvelle organisation des filières de production en posant d'emblée «le juste prix» de la rémunération des producteurs et des salariés, les ambitions de développement pour les territoires et l'exemplarité sociale.

Sans attendre le souhaitable et nécessaire infléchissement des politiques européennes qui n'ont de cesse que de soumettre toutes nos activités au règne de la «concurrence libre et non faussée» en acceptant le règne du moins disant social, il devient urgent de dessiner ce que pourraient être les contours d'une nouvelle politique agricole nationale tournée vers de nouveaux appels à projets de développement et favorisant les solutions collectives en tenant compte de la spécificité des territoires.

Bref, aujourd'hui l'agriculture et l'agro-alimentaire français sont au pied du mur. La situation appelle une ambition politique exceptionnelle car il y va tout simplement de la survivance même d'une activité utile à la vie des populations et des territoires.

Gwellaat buhez an dud / Améliorer la vie des Gens - Gérard Lahellec

Plus on est enraciné, plus on est universel - Eugène Guillevic