pour l'accessibilité de la Bretagne

pour l'accessibilité de la Bretagne

21 févr. 2018

Après le renoncement du gouvernement à transférer l'aéroport de Nantes Atlantique à Notre Dame des Landes, la question de l'accessibilité de la Bretagne se pose en des termes nouveaux

Gérard Lahellec

 

Pour un pacte d'accessibilité de la Bretagne

Après la décision du gouvernement de renoncer

au transfert de Nantes Atlantique à Notre Dame des Landes...

 

 

Curieusement, cette question de l'accessibilité du grand Ouest de la France a pris un relief particulier depuis l'annonce, par le premier Ministre, de l'abandon du transfert de l'aéroport de Nantes Atlantique sur le site de Notre Dame des Landes. La publication, quelques semaines plus tard du rapport Duron sur les infrastructures a parachevé la vague d'émotions suscitée par ces annonces qui ne sont au fond que des annonces dont la dominante (surtout pour la Bretagne et le Grand Ouest) est le renoncement. C'est toujours comme ça: les mauvaises nouvelles suscitent beaucoup plus d'émotions que les bonnes. Alors, un peu comme la souffrance  autorise la plainte, la mauvaise nouvelle autorise tous les propos et leur rédemption lorsque ceux ci s'avèrent malheureux ou imprudents. Nous devons donc comprendre tous les commentaires qui ont suivi cette annonce et parfois aussi les pardonner.

 

Il est étonnant pourtant d'observer, depuis ces annonces, la frénésie des prises de positions et autres commentaires qui déferlent sur tous les sujets aériens, ferroviaires et routiers, au point où on peut se demander si tout le monde s'occupe de tout, qui s'occupe de quoi!

Tel spécialiste international de la banlieue de Rennes vient nous expliquer que la solution miracle est trouvée:. Ecoutons le: il suffirait pour cela d'une ligne de métro desservant l'aéroport pour y acheminer potentiellement 3 Millions de voyageurs attirés par les offres de compagnies low cost pour aller ou venir d'on ne sait où et on ne sait quand!

D'autres spécialistes disent qu'il n'y a qu'à penser à leur seul territoire et le miracle interviendra!

D'autres encore viendront, à leur tour, défendre leur bout de gras local par crainte d'être oubliés d'être conviés à  je ne sais quel tour de table, en préférant prendre les devants,  au cas où il y aurait quelque chose à obtenir!

Le risque de tout cela est de conduire au repli sur soi un peu comme on sauve les meubles dans une situation désespérée, au risque de confondre territoire et terrier et de préférer ainsi le terrier au territoire!

 

Il y a quelque chose de pathétique dans tout cela. On sait qu'ils ne tiennent pas compte de notre avis mais on attend d'eux, malgré tout, une décision positive pour soi.

Cela est touchant et même assez émouvant…Et par certains aspects on se croirait culturellement revenus au temps du paternalisme seigneurial...

Tout d'abord parce qu'il  serait illusoire de penser que l'abandon du transfert de Nantes-Atlantique   à NDDL pourrait être une aubaine et qu'il y aurait des généreuses  compensations financières à en attendre. Il n'en est rien, bien au contraire! Il n'y a pas, il n'y aura pas de manne financière comme il n'y a pas de plan B.

Ce serait quand même un comble de voir une décision de renoncement être interprétée comme une aubaine dont on aurait à attendre des retombées miraculeuses Encore une fois:  Il n'y aura pas de miracle!

 

Ensuite, s'agissant du rapport Duron: C'est le troisième rapport qu'aura produit l'honorable Philippe Duron, que j'ai toujours grand plaisir à rencontrer mais qui n'est même pas venu nous voir avant de produire son rapport. Dans ce dernier rapport, il pointe tout de même le besoin d'1 milliard supplémentaires par an pour financer les grandes infrastructures. Il y a donc bel et bien des besoins de réaliser et de remettre en état de grandes infrastructures dans notre pays! Mais, concernant la Bretagne, il se contente de répéter ce qu'il dit depuis de nombreuses années à savoir: avec la LGV la Bretagne est servie, et que les autres projets ne sont donc pas prioritaires. Ce rapport est d'ores et déjà déclaré caduque pour le grand ouest nous dit on et il y a fort à parier que ce rapport ira rejoindre les 2 précédents sur l'étagère la plus haute d'un bureau parisien et M Duron aura toujours le loisir de s'attarder un peu plus sur le réseau ferroviaire Normand où il y a aussi beaucoup à faire! 

 

Bref, cette situation nouvelle à laquelle nous sommes désormais confrontés et qui résulte de décisions qui échappent aux collectivités appelle à actualiser nos politiques d'accessibilité et de mobilités. Pas pour renoncer! Mais au contraire pour faire valoir des options vitales et déterminantes  pour la vie et le développement de la Bretagne et du grand ouest de la France et avec les mêmes motivations qui nous avaient conduits à accompagner le projet de l’État dans les pays de la Loire.

 

Et puis, il y a maintenant le rapport Spinetta:

Bien entendu, il serait prétentieux ici d'en faire un résumé mais d'ores et déjà nous en connaissons les grandes lignes. S'il fallait lui donner un titre, j'emprunterais volontiers celui d'une chanson populaire de 1936 qui disait et répétait en cadence par la voix de Françis Lemarque je crois: «y'a trop de tout»! «y'a trop de tout»

Y'a trop de trains, trop de TGV, trop de TGV non optimisés; y'a trop de territoires desservis; y'a trop de trains en général, trop de cheminots aussi, trop de régimes spéciaux de retraite, trop d'argent public  dépensé!

Selon le dogme de la réduction des dépenses publiques il faudrait donc là aussi renoncer, accepter et se soumettre. Fort heureusement, là non plus rien n'est écrit à l'avance...

 

Dans le contexte nouveau, il y a des choses qu'on ne modifiera pas.

Ainsi, concomitamment avec le transfert de l'aéroport à NDDL, nous avons conduit le projet de LGV et pour mieux desservir le territoire des Pays de la Loire, accepté que la ligne ferroviaire pour se rapprocher de Angers fasse 21 Km de plus que la ligne droite l'amenant vers Rennes. A 20 Millions du Km, faisons les calculs; ça fait 420 Millions pour participer à l'aménagement du grand ouest (GO)  qui est aussi le grand oublié (GO) du fameux RTE (Réseau Européen des Transports) et sur lequel les instances européennes n'envisagent pas non plus de revenir!

 

Il y a des projets qui changent de configuration et de nature:

C'est le cas du choix qui a été fait d'aménager le site de l'aéroport de Nantes Atlantique. Ce projet n'a plus rien à voir avec ce que prévoyait le transfert à NDDL. C'est la raison pour laquelle nous n'envisageons pas de participer au co financement de ces travaux d'aménagement tandis que nous réclamons le remboursement à la région des 7,2 M€ d'appels de fonds effectués auprès de la région Bretagne, conformément au contrat de concession signé entre l’État et le concessionnaire de l'aéroport.Je rappellerai au passage que cela fait maintenant plus de 3 ans que la région Bretagne qui avait décelé cette anomalie réclamait déjà d'être associée à la renégociation du contrat de concession!

Bref, la demande de remboursement aux collectivités est officiellement engagée auprès du gouvernement depuis ce  mardi 13 février.

Le projet ferroviaire:

Il s'agit notamment de la ligne ferroviaire sud Bretagne, desservant Quimper, Rennes Redon et Nantes. Ce n'est pas parce que l'aéroport de NDDL est abandonné qu'il ne faut pas améliorer les dessertes quotidiennes des territoires et moderniser ces infrastructures, d'abord pour rapprocher Quimper de Rennes, conforter Redon et résoudre le problème de la relation Rennes-Nantes. Là aussi il faut que les choses soient claires: nous proposons de traiter cette question de son unicité et dans son intégralité en refusant de dissocier le Rennes-Nantes du Rennes-Quimper continuant à desservir Redon. Et ce faisant, préfigurant ce scénario au sud, directement touché par la décision qui vient d'être prise, nous ne renonçons à rien de ce que nous avons dit pour le Nord.

Mais pour gagner cette bataille, nous aurons besoin de jouer collectif, autant pour l'obtenir aujourd'hui que pour pouvoir le financer demain. Là aussi, rappelons nous toujours ce théorème mathématique que certains ont démontré par récurrence il paraît: «au rayon du tout ou rien, c'est toujours le rien qui l'emporte». Le tout ou rien est le privilège du riche car, dans la mesure où il a tout, il n'a besoin de rien.

 

Le pacte d'accessibilité:

Le pacte d'accessibilité pour la Bretagne, que nous avons travaillé en concertation avec les autres collectivités de Bretagne, est la condition nécessaire pour fédérer l'ensemble des collectivités Bretonnes pour les projets d'aménagements, mais aussi pour se fédérer autant que de besoin avec la région des pays de la Loire, pour porter nos projets communs.

L'échelon régional est le bon échelon pour porter nos exigences communes comme nous avons sû le faire pour la LGV dont on nous disait, encore en 2006, qu'elle ne se réaliserait pas!

Oui, que cela plaise ou non, c'est bien la région qui porte essentiellement les modalités d'accessibilité du territoire Breton, jusqu'à la pointe Bretonne.

- La desserte ferroviaire que nous avons mise en place privilégie les gains de temps pour le Finistère et  pour œuvrer dans ce sens nous finançons à hauteur de 10 M€ par an 8 connections quotidiennes supplémentaires de la pointe Bretonne avec Paris!  Ce sont ces 4 AR quotidiens TGV rajoutés à la desserte précédente et seule la région, en tant que collectivité participe à un tel dispositif, unique en France et en Europe et dont M Spinetta dit qu'il peut constituer un exemple intéressant. Mais là aussi soyons clairs: il faudra continuer à jouer collectif pour pérenniser ce dispositif! Et continuer à travailler pour rendre toujours mieux le service public.

En effet, si nous pouvons nous féliciter d'une croissance moyenne de la fréquentation TGV de 18%  et de 9% pour le TER depuis le mois de Juillet dernier, nous avons pleinement conscience dans le même temps, de tout ce qui reste à mettre en œuvre pour améliorer encore certaines dessertes. 

 

- S'agissant des routes, et bien que les routes ne sont pas une compétence régionale, nous pouvons rappeler aussi les 220M€ d'investissements sur le port de Brest dont 75% sont portés par la région!

 

- Nous pourrions encore leur rappeler le financement à 50% de la mise à 2X2 voies de la RN164, soit un investissement de plus de 30M€ de la région pour les travaux au droit de Chateauneuf du Faou!

- Citons enfin le volet aéroportuaire en Finistère en rappelant que le récent contrat de concession mis en œuvre pour Brest et Quimper met en perspective la réalisation d'un chiffre d'affaires de 620 Millions sur la durée de la concession et la mise en perspective d'une capacité d'investissement de 47M€ dont 9 M€ pour Quimper et il n'est pas exagéré de dire que sans l'engagement résolu de la région peut être que qu'on ne parlerait déjà plus de l'aéroport de Quimper sur lequel nous entendons bien réaliser des investissements dès cette année.

Nous pourrions enfin leur rappeler  notre attachement au développement du ferroviaire qui a déjà fait de la région le principal financeur de la remise à neuf de l'axe Brest-Quimper (mais aussi Guingamp-Paimpol, Plouaret-Lannion…..)  et continue à porter avec la même détermination le développement de l'axe ferroviaire Rennes-Nantes, selon un scénario concomitant avec celui permettant la desserte du Finistère.

 

Et puis, nous aurons des précisions à réclamer à Monsieur le Premier Ministre.

Ainsi, quand il parle d'une meilleure connexion ferroviaire du grand ouest avec l'aéroport de Roissy CDG, de quoi parle – t – il? Si c'est du contournement ferroviaire sud de Paris, nous serons là pour lui rappeler que cette opération était inscrite au CPER 2000 – 2006 et que nous avons régulièrement honoré notre engagement depuis! Si c'est pour nous demander 7 Me de plus sur ce registre, cela se discute, si c'est pour permettre à un plus grand nombre de trains inter secteur de desservir la Bretagne mais cela ne s'accepte pas si c'était pour co financer les travaux d'aménagements envisagés dans le cadre du grand Paris…

Si monsieur le PM a l'intention d’affréter un plus grand nombre de trains pour la Bretagne, il faut alors qu'il nous dise comment, avec combien de trains supplémentaires, financés par qui et subventionnés à quelle hauteur?

Liste non exhaustive de questions qui n'épuise pas la diversité des grands sujets que nous avons à traiter. RN164 où il faut absolument assurer la pleine exécution au moins du contrat de plan, aéroports de Rennes et de Dinard qu'il conviendra de reconfigurer, suites à donner aux évolutions de la desserte du Trégor, perspectives à donner à l'aéroport de Lorient, confortement à assurer pour la desserte aérienne de Quimper. C'est ça le pacte d'accessibilité, un pacte de rassemblement solidaire de tous les territoires de Bretagne.

 

Pour conclure, pardonnez au Pacifiste que je suis d'utiliser cette formule peu élégante pour exprimer le fond de ma pensée: dans le contexte que nous traversons, il vaut mieux choisir la guerre de mouvement plutôt que la guerre de tranchées. Oui, il vaut mieux choisir le mouvement plutôt que la posture, c'est aussi la meilleure manière de se rassembler pour servir nos territoires et leurs habitant-e-s.

 

 

 

 

 

 

 

  

Gwellaat buhez an dud / Améliorer la vie des Gens - Gérard Lahellec

Plus on est enraciné, plus on est universel - Eugène Guillevic