Cars Macron contre transports publics

Cars Macron contre transports publics

24 janv. 2016

Comme pour toutes les concurrences, cette loi est inégalitaire pour l'aménagement du territoire

La loi Macron contre les transports publics.

La loi «Macron» prévoit, notamment, la généralisation de l'ouverture à la concurrence du transport public par autocar.Outre le fait que, malgré les progrès enregistrés ces dernières années, ce mode de transport demeure le mode le moins sûr, cette orientation est motivée par l'idée fausse selon laquelle ce dispositif permettrait de rendre le transport plus accessible et moins cher pour les voyageurs.

En réalité, ce dispositif est profondément inégalitaire.

En effet, l'ouverture à la concurrence du transport conduira nécessairement les compagnies à se positionner prioritairement sur les segments de marchés les plus captifs et les plus rentables, comme cela s'est produit pour le fret ferroviaire. Il deviendra aussi le bon alibi pour justifier l'abandon de certaines lignes ferroviaires tandis qu'il viendra aussi concurrencer le train sur certains axes. Par contre, les zones les plus périphériques et les plus éloignées des centres urbains, moins captives pour le marché seront les dernières desservies. Pour assurer une juste desserte de ces zones délaissées par la concurrence, il conviendra nécessairement d'inventer un nouveau service minimum qui, obligatoirement coûtera d'autant plus cher que les recettes auront été captées sur les axes les plus rentables, happés par la concurrence. Le dispositif envisagé est donc inégalitaire pour les usagers et pour le développement équitable des territoires. En effet, avec ce dispositif apparaiît assez nettement l'hypothèse des territoires qui auront le doit au train, des territoires qui auront peut être le droit aux autocars de la concurrence et enfin ceux qui devront se contenter des autocars de réforme ou de modes de transports plus rudimentaires encore!

Plus globalement , ce projet de loi Macron fait voler en éclat la loi d'’orientation des transports intérieurs(LOTI), qui est la loi fondamentale d’organisation des services publics de transport en France. Publiée le 30 décembre 1982, cette loi mériterait certes d'être actualisée en tenant compte des évolutions et des bouleversements intervenus depuis 1982. Mais ce qui reste d'actualité est bien de réaffirmer un droit au transport devant permettre de se déplacer «dans des conditions raisonnables d’accès, de qualité et de prix ainsi que de coûts pour la collectivité» comme le préconise la LOTI dans la motivation de ses fondements.

En laissant la libre concurrence organiser le transport, ce sont les grands groupes et leurs filiales qui décideront des segments de marchés sur lesquels les autocars peuvent dégager de la rentabilité au risque de déstabiliser les services existants, notamment ferroviaires. Avec un tel dispositif nous risquons de voir fleurir l'arrivée de cars dans les gares assurant sur des destinations données et limitées, à des prix défiant toute concurrence, des dessertes jusque là assurées par le train . Dans de telles conditions, les collectivités et les institutions seront invitées à renoncer à des travaux ferroviaires de construction ou de modernisation de lignes.

En réalité donc, la loi Macron, appliquée aux transports, est une loi de renoncement à l'ambition publique, motivée par le dogme du tout concurrentiel, réputé être, selon les libéraux de tous poils, le moyen moderne pour répondre aux défis de notre temps.

La réalité est exactement à l'inverse de ces affirmations. La loi Macron, appliquée aux transports, c'est la réinvention du transport à plusieurs vitesse avec la modernité pour les uns et l'obsolescence pour les contrées et les populations les plus délaissées; c'est le retour en arrière avec le renoncement à mettre le meilleur au service de tous les territoires et de toutes les population; c'est l'objectif politique et philosophique assumé de ne donner aux pauvres que ce qu'ils peuvent payer au risque de les condamner à recourir demain à la diligence en préconisant peut être la restauration dans les bourgs des anneaux métalliques auxquels les charretiers attachaient autrefois leurs chevaux.

La modernité appelle en réalité une grande ambition publique, démocratique, décentralisée et aménageuse de tous les territoires. Depuis la décentralisation des TER, les autorités organisatrices de transports ont apporté la preuve de la pleine efficience de l'ambition publique et ces Autorités Organisatrices des Transports n'ont pas attendu M Macron pour recourir aux autocars lorsque ceux-ci apparaissent le mode le plus pertinent pour diffuser la modernité des transports sur tout le territoire. C'est la meilleure preuve aussi que la modernité ne vaut qu'à partir d'une l'ambition publique pensée comme un atout pour mettre le meilleur au service de toutes et de touset non comme une charge qu'il faudrait anéantir au plus vite.

Demain, avec la loi Macron, les autocars de la SNCF ou de toute autre compagnie de transport, viendront concurrencer le train et anéantir ainsi, progressivement, les grands investissements publics engagés pour mettre la modernité au service du plus grand nombre. Mesure t on vraiment les gâchis économiques et les gaspillages financiers que risquent de générer les conséquences qui en découleront ainsi que des renoncements auxquels cette loi conduit, notamment en matière de poursuite de réalisation d'un certain nombre de chantiers ferroviaires voire, routiers?

C'est vraiment d'autre chose dont nous avons besoin.: une grande réforme de la gouvernance et du financement du système ferroviaire Français et une étape nouvelle de décentralisation démocratique accompagnée d'une grande réforme fiscale garantissant les ressources de collectivités.

En réalité, le projet de loi Macron, qui donne les apparences d'un bricolage empirique appliqué à une multitude de secteurs de la vie économique et sociétale est un projet élitiste et ringard, reproduisant hâtivement les dogmes du vieux libéralisme, présenté comme la condition pour assurer le bonheur du peuple. Du déjà vu donc, depuis longtemps!

Gérard Lahellec

le 24/01/2015

Gwellaat buhez an dud / Améliorer la vie des Gens - Gérard Lahellec

Plus on est enraciné, plus on est universel - Eugène Guillevic