Site officiel de Gérard Lahellec

Quel avenir pour l’agroalimentaire Breton ?

Dumping social ou nouveau modèle socioéconomique

Un vent de colère souffle sur la Bretagne avec une succession de plans sociaux notamment dans les industries agroalimentaires victimes d’une concurrence déloyale. Pour Gérard Lahellec, vice-président de la région Bretagne la situation appelle « un ambition politique exceptionnelle »

 

Humanité Europe. Le dumping social existe à l’échelle mondiale et eu sein même de l’Union européenne. En quoi la situation en Bretagne illustre-t-elle cette réalité ?

 

Gérard Lahellec. Les difficultés de l'industrie française, et singulièrement celles de l'agro-alimentaire en Bretagne n'échappent à personne. Pour la seule filière porcine les pertes globales étaient estimées à près de 100 millions d'euros pour la seule année 2011. La cause principale de ce gouffre financier réside dans les distorsions de concurrence pratiquées par l'Allemagne et en particulier le dumping social. Ce dumping est véritablement dévastateur. Le recours massif aux travailleurs d'Europe de l'Est, en payant ceux-ci trois fois moins que les travailleurs Français leur confère un avantage de coût de revient décisif. Petit à petit, les abatteurs découpeurs Allemands développent chez les clients des abattoirs bretons un prix de vente tellement bas que les entreprises bretonnes ne parviennent pas à faire face.

Mais cette situation dramatique pousse aussi à délocaliser vers l'Allemagne les activités les plus consommatrices de main d'œuvre. Ainsi, l'entreprise Danoise Danish Crown, leader européen historique du secteur a délocalisé une partie importante de son activité en 2011 par la reprise de l'abattoir allemand DetS et la suppression d'un tiers de ses effectifs au Danemark. Cette situation génère aussi une tension extraordinaire sur les conditions de travail, les salaires et l'emploi dans les entreprises bretonnes. Mais pour augmenter la productivité, des dispositions concrètes sont prises pour former les salariés aux techniques de l'échauffement physique tandis que pour limiter l'absentéisme, le management mis en œuvre pour concilier vie professionnelle et vie privée va jusqu'à prodiguer des conseils et à recommander des méthodes pour gérer la vie quotidienne, personnelle, familiale, voire la vie intime !

Dans cet emballement de la concurrence mondialisée, on s'achemine vers une concentration inédite des unités de production agroalimentaires. Sur les 180 abattoirs environ que compte la France, seulement 10 d'entre eux produisent plus d'un million de tonnes par an. L'Allemagne, le Danemark et l'Espagne qui sont les plus grands producteurs d'Europe ont déjà affaibli toute la filière Française en raison de leurs abattoirs géants. Il est donc clair que dans un marché de plus en plus ultralibéralisé, symbole d'une mondialisation où la concurrence est terrible, le modèle productif Breton paraît bien petit.

 

HE. Comment sortir d’une telle situation ?

G.L. Ce dont nous avons besoin, c'est d'un nouveau modèle socio-économique pour développer une économie de production, rémunératrice du travail, créatrice d'emplois et aménageuse des territoires.

Cela passe par une ambition publique nouvelle pour favoriser une nouvelle organisation des filières de production en posant d'emblée «le juste prix» de la rémunération des producteurs et des salariés, les ambitions de développement pour les territoires et l'exemplarité sociale. On ne peut que se féliciter de telle ou telle inflexion obtenue au niveau européen. Ce qui a, par exemple été décidé à Bruxelles lors de l’accord du 9 décembre 2013 entre les ministres européens du Travail pour limiter les dérives du travail détaché va dans le bon sens mais ne règle pas tout, loin s’en faut, en matière de distorsion dan les conditions de la concurrence.

Sans attendre le souhaitable et nécessaire infléchissement des politiques européennes qui n'ont de cesse que de soumettre toutes nos activités au règne de la «concurrence libre et non faussée» en acceptant le règne du moins disant social, il devient urgent de dessiner ce que pourraient être les contours d'une nouvelle politique agricole nationale tournée vers de nouveaux appels à projets de développement et favorisant les solutions collectives en tenant compte de la spécificité des territoires. Autant dire battons-nous sur plusieurs fronts : essayons d’obtenir le maximum d’inflexions de Bruxelles mais agissons aussi sur le plan national et régional. Jetons les bases d’un nouveau système économique

Aujourd'hui l'agriculture et l'agro-alimentaire français sont au pied du mur. La situation appelle une ambition politique exceptionnelle car il y va tout simplement de la survivance même d'une activité utile à la vie des populations et des territoires.

Gwellaat buhez an dud / Améliorer la vie des Gens - Gérard Lahellec

Plus on est enraciné, plus on est universel - Eugène Guillevic